Une question a questionné ma vie: "What you can get paid for?" (ce pour quoi tu pourrais être payée?)
En effet, lorsqu'on m'a posé cette question, voici ce qui m'est venue: ce que je possède et qui vaut tout l'or du monde c'est ma vie! De fait, si je pouvais prétendre à réclamer de l'argent ce serait bien pour cela: offrir ma vie. Je devrais naturellement recevoir le moyen de subsistance.
Quelques années plus tard, l'expérience d'un homme a solutionné ma vie: celle de Marshall Rosenberg.
En effet, en partageant sa façon de faire circuler ses richesses, le père de la Communication Non Violente a eu l'effet en moi d'un euréka! Il a fait le choix d'offrir ses séances à ses patients car un jour il a ressenti de "l 'obscénité", selon selon ses termes, à conditionner l'accès à ses soins par de l'argent! C'est ainsi qu'a débuté pour lui une nouvelle façon d'œuvrer.
De là s'est ancrée mon évidence: celle de simplement vivre ma vie et que la vie se charge du reste! Chercher à gagner ma vie, le sujet qui fait boguer mon système!
De l'économie de marché à l'économie du don
La vie a ensuite placé sur mon chemin un homme inspirant: Jean-François Noubel. Il se qualifie de "terrien open source". Cet homme expérimente l'économie du don depuis 15 ans, c'est-à-dire qu'il œuvre sans condition de contrepartie contrairement à l'économie de marché. Vous avez bien lu: sans condition de contrepartie, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de contrepartie et ce qui ne veut pas dire qu'il vive sans argent.
Mon élan ne pouvait plus rester à l'état latent, l'exemple vivant, local et actuel de Jean-François m'a permis de sauter le pas: en 2024 je décide de passer à l'action.
De l'économie du don à l'ENV
Le terme d'économie du don, malgré le fait qu'il soit déjà usité par Jean-François Noubel, ne résonne pas au travers de moi. J'ai beau m'évertuer à expliquer ce dont il s'agit, je sens bien que personne ne saisit vraiment ce dont je parle... jusqu'au jour où tout devient audible pour l'autre. Initiée à la Communication Non Violente, je fais le parallèle entre notre façon d'être en relation et notre façon de faire circuler nos richesses dans le monde. Ca y est: je me sens enfin comprise! De là est née l'évidence pour moi, dans une intention pédagogique, de parler d'Economie Non Violente pour expliquer ce qu'est l'économie du donner-recevoir.
La Communication Non Violente commence à être connue, voire reconnue 55 ans après sa naissance... C'est beau à l'échelle de notre humanité ! Reste maintenant à s'y exercer, à l'appliquer encore et encore et demain ce mode de communication sera une compétence inconsciente, naturelle !
Notre économie est appelée à suivre le même mouvement.
Rappelons que l'économie définit l'échange des richesses, la communication est donc une composante même de l'économie !
Où en sommes nous aujourd’hui de notre économie dite "de marché"?
Est ce que ca vous parle si je vous dis que travailler représente notre langage, gagner de l'argent notre mode de pensée habituel qui nous coupe de la vie et entrave notre coopération naturelle ?
C'est ainsi que nous incarnons à des degrés différents le mode chacal : compétition, pouvoir sur l'autre, domination, il faut/je dois, intérêts/réductions, concurrence, stratégie, réussite/échec, arnaque, déni de responsabilité… Et qu'une croyance collective raconte : « Dans la jungle de la vie, tout peut arriver, alors faut se battre et rien lâcher… pour vivre et nourrir ma famille, protéger ceux à qui je tiens. »
Ressentez vous à quel point le jeu que nous jouons est violent ? À quel point il nous divise ? À quel point il est binaire : les gagnants/les perdants, les méchants/les gentils, les riches/les pauvres…
Et si le mode chacal n'était pas le seul mode possible, peut-être qu'une Économie Non Violente prendrait place naturellement ? C'est en tous les cas ma vision et la vie que j'ai choisi d'expérimenter !
En Communication Non Violente, la parole et l'écoute du cœur sont représentés par une girafe… Pourquoi ? Parce que c'est le mammifère qui a le plus gros cœur !! (il en faut du muscle cardiaque pour envoyer l'ascenseur jusqu'à la tête !)
Dans l'Economie Non Violente, ce mode d'échange de richesses où le cœur est le moteur (en lieu et place de la peur), l'humain est une girafe : "en lien avec l'élan naturel de son cœur".
Notre attitude lorsque nous donnons (et nous recevons) est alors emplie de: Soi, d'amour, de vérité, d'expression authentique, de coopération, de gratitude, de choix, d'écoute empathique, de deuil, de responsabilité, de demande, d'abandon, de courage, de pouvoir AVEC l'autre…
L'humain en mode girafe est dans une relation AVEC l'autre à partir de lui-même. L'ENV ce n'est pas du don pur (donner pour rien), c'est l'acte de donner pour donner qui n'attend qu'une seule chose, que les richesses circulent. C'est l'économie de la relation, du lien, de l'interdépendance (un pour tous, chacun pour Soi) là où l'économie de marché vise l'indépendance (chacun pour soi) et crée aussi de la dépendance au système économique…
La vérité de l'homme qui s'en vient est la suivante: « Ce que je vis ET ce que tu vis m'importe, car nous sommes interdépendants ». Reconnaître cela est le point de départ.
Nous passons de l'intérêt sur l'autre pour servir notre intérêt personnel à l'intérêt de l'autre pour servir l'intérêt interpersonnel. L'économie du cœur, une belle promesse d'avenir !
La Communication Non Violente ce n'est pas anéantir le chacal qui est en soi, c'est danser avec lui !
Dans notre économie actuelle, ce sont nos peurs qui mènent la danse : c'est l'économie de la survie du moi qui se sent menacé. Et il y a de quoi, car appréhender le monde à partir du mental c'est considérer la dualité : gagnant/perdant, travailleur/fainéant, labeur/vacances, avancer/reculer, tors/raison. Le chacal est binaire et calcule, c'est un fin stratège parce qu'il a besoin de protéger ses arrières mais aussi ses valeurs, son intégrité, ses aspirations. Nous sommes des hommes d'habitudes et réagissons selon notre culture et notre éducation économiques.
La bonne nouvelle c'est qu'avec notre élévation de conscience, nous sommes de plus en plus conscients de notre vie mimétique et nous aspirons à la paix et une vie abondante. Nous commençons à réaliser les conséquences de nos choix passés, les limitations de notre système économique… Dans cette prise de hauteur notre cou s'allonge et nous commençons à devenir girafe. Nous sommes des chacals qui n'avons pas encore appris l'économie du cœur.
L'Economie Non Violente c'est simplement faire la paix entre notre élan naturel du cœur et notre instinct de survie. Les deux sont nécessaires et en même temps, si le cœur préside à nos échanges de richesse tout en considérant les besoins en soi et de l'autre, alors nous parvenons à vivre ensemble avec l'attention collective de nous rendre la vie plus belle, l'économie des gagnants gagnants.
L'économie de marché et l'économie du donner-recevoir ce sont deux façons d'échanger les richesses, deux paradigmes économiques qui se basent sur deux visions du monde qui ont chacune leur cohérence et leur valeur.
Le chacal est un excellent gardien de nos besoins, la girafe une excellente chargée de mission : donner-demander-recevoir. Puisse le chacal qui est en nous rester à la maison et la girafe œuvrer dans le monde!
Avec quelles lunettes choisissez vous d'œuvrer ?
Lequel des deux modèles sert le mieux notre humanité et la vie ?
“Si nous agissons comme nous avons toujours agi, nous obtiendrons ce que nous avons toujours obtenu.” Paul Watzlawick